Diagnostic

Les mouches blanches du potager

Le nuage qui décolle quand vous frôlez un pied de tomate, ce sont les adultes. Ceux qui pompent la sève sont collés sous les feuilles, et ils ne volent pas.

Une main soulève une jeune feuille de tomate au sommet du plant pour regarder dessous, sous une serre où pend un panneau jaune englué
Diagnostic express
Symptôme
Des petits insectes blancs s’envolent en nuage dès que vous touchez le feuillage. Les feuilles deviennent collantes, puis se salissent de noir.
Cause probable
Des aleurodes, une famille d’insectes dont le corps et les ailes sont couverts d’une poudre de cire blanche. Les adultes volent, les larves restent fixées sous les feuilles.
Action clé
Retourner les jeunes feuilles du haut du plant. C’est là que sont pondus les œufs, et c’est l’endroit que le regard ne visite jamais.

Ce qui vole, et ce qui pompe

L’insecte adulte porte deux paires d’ailes membraneuses, opaques, recouvertes de grains de cire blancs qui lui donnent, selon l’INRAE, un « aspect enfariné ». Il est minuscule : sur tomate, 1,1 mm pour une femelle et 0,9 mm pour un mâle, à peu près 3 mm d’envergure pour la famille entière. Voilà pourquoi vous ne voyez pas des insectes, vous voyez un nuage.

Ces adultes vivent 10 à 20 jours sur tomate. Sous la feuille, pendant ce temps, se déroule tout le reste du cycle : l’œuf, puis 4 stades larvaires. La larve du premier stade possède encore des antennes et des pattes bien développées, et elle se déplace. Elle perd ses pattes ensuite.

Elle ne bouge plus. Fixée sous le limbe, elle se nourrit avec son rostre, que l’INRAE décrit comme une pompe aspirante, et le sucre en excès de la sève ressort sous forme de miellat, produit surtout par les grosses larves. Les adultes piquent aussi, mais ce sont eux, et eux seuls, qu’un geste fait décoller. Ce que vous chassez du plat de la main n’est donc pas ce qui produit le dégât visible.

Où regarder, et quoi chercher

Tout se joue à la face inférieure des folioles. Les œufs sont surtout déposés sous les feuilles de l’apex, autrement dit tout en haut du plant, sur les pousses les plus jeunes. Ils sont blancs, ovales, et mesurent 0,25 mm. Dans les jours qui suivent la ponte, ils foncent.

L’éclosion arrive entre 7 et 10 jours après. Les larves grandissent stade après stade, de 0,3 mm au premier à 0,73 mm au quatrième, ovales et plates, transparentes au deuxième stade. Au dernier, l’insecte sécrète de la cire, et l’apparition de ses yeux rouges lui vaut le nom de puparium. À ce stade, il ne s’alimente plus.

Retenez le geste plutôt que les chiffres : soulevez les jeunes feuilles du sommet et regardez dessous. Un feuillage indemne vu de dessus peut porter une colonie entière une main plus haut.

Le collant, puis le noir

Le miellat est produit en grande quantité, et il ne reste pas propre longtemps. Un champignon s’y installe, la fumagine, que l’INRAE décrit comme le mycélium noir de Capnodium sp. Elle couvre la surface des organes aériens et provoque des jaunissements et des altérations du feuillage.

Ce voile noir coûte deux fois. Il réduit la photosynthèse et la respiration des feuilles, et il souille les fruits en perturbant leur coloration. Le point à retenir est ailleurs : la fumagine n’est pas une maladie qui serait arrivée toute seule, elle pousse sur le miellat. Tant que des larves en produisent au-dessus, elle revient.

Aleurode ou puceron

Le feuillage collant ne tranche pas la question, parce que les pucerons produisent du miellat eux aussi : la fiche de l’INRAE compare d’ailleurs explicitement les deux dégâts. Chercher la réponse dans le collant, c’est chercher au mauvais endroit.

Ce qui distingue l’aleurode, c’est justement ce qui vous a amené ici. L’adulte a des ailes, il vole aisément, et il se tient à la face inférieure du limbe avec les larves. Un puceron dérangé ne s’envole pas en nuage.

Si ce sont vos fruits qui portent une tache noire et sèche, sans insecte ni feuillage collant, la piste est tout autre : lisez plutôt pourquoi vos tomates noircissent, un défaut d’alimentation en calcium qui ne se traite pas du tout de la même façon.

Et avant de chercher un produit contre l’un ou l’autre, sachez que le rayon s’est vidé de son côté : trois familles de produits seulement restent accessibles aux jardiniers, les autres ayant quitté la vente aux particuliers en 2019.

Sous abri, le cycle ne se referme jamais

Ces insectes n’ont aucun stade adapté à l’hiver. Ils ne se maintiennent que si leurs hôtes ne meurent pas, et leurs œufs supportent des températures inférieures à 0 °C pendant plusieurs jours. Une serre tenue hors gel, avec des plantes vivantes de novembre à mars, leur offre exactement ce qu’il leur manque dehors.

La température ne décide pas seulement de leur survie, elle décide de leur vitesse. Pour l’aleurode des serres, le cycle complet demande moins de 20 jours à 27 °C, et plus de 40 jours à 14 °C. Pour l’aleurode du tabac, comptez plus de 50 jours, avec des exigences thermiques supérieures et aucune survie sous 0 °C.

Aérer ne les tue pas. Cela allonge le cycle, ce qui n’est pas rien quand une génération passe de trois semaines à six. Deux autres conditions jouent contre vous sous abri : les adultes, d’abord concentrés sur quelques plantes, se dispersent au fur et à mesure que les plantes grandissent et que les températures montent, et les mauvaises herbes de la serre et de ses abords leur servent d’hôtes de repli. L’INRAE recommande de les éliminer soigneusement.

À faire maintenant

Un mot sur les panneaux jaunes englués, parce que c’est le geste que tout le monde fait en premier. L’INRAE les cite pour détecter les premiers ravageurs, posés au-dessus de la culture dès l’introduction des plants. Ils capturent des adultes en vol, donc ils vous disent que l’insecte est là et depuis quand. Ils ne touchent pas aux larves fixées sous les feuilles, celles qui font le miellat.

Le reste des mesures citées par la fiche tient en quelques gestes.

  • Contrôler l’état sanitaire des plants avant de les rentrer sous abri, et pendant leur introduction. Un plant acheté est le véhicule le plus court.
  • Désherber la serre et ses abords, pour retirer les plantes de repli.
  • Poser des toiles insect-proof aux ouvertures des abris.
  • Intervenir avant l’arrachage quand les populations sont élevées, plutôt que de laisser un plant infesté finir sa saison à côté des suivants.
  • Utiliser des auxiliaires. L’INRAE cite les insectes Encarsia formosa et Eretmocerus eremicus, surtout efficaces sur l’aleurode des serres, Eretmocerus mundus, essentiellement efficace sur l’aleurode du tabac, et Macrolophus caliginosus. Des parasitoïdes de la famille des Aphelinidae s’en chargent déjà naturellement.

Vous ne trouverez pas de produit nommé sur cette page. Des résistances aux insecticides sont connues chez ces ravageurs, et l’INRAE renvoie au catalogue e-phy du ministère de l’agriculture, seul état à jour des produits autorisés pour un usage donné. C’est là qu’il faut vérifier, pas dans un article.

Questions fréquentes

Et sur mes choux, est-ce le même insecte ?

Le plus souvent non. En plein champ, les aleurodes les plus fréquents sont l’aleurode du chou, Aleyrodes proletella, et l’aleurode du fraisier, A. lonicerae, deux autres espèces de la même famille. L’INRAE note que les dégâts qu’ils causent sont peu importants. Les deux espèces vraiment dommageables sur tomate en France sont l’aleurode des serres et l’aleurode du tabac.

Laver le feuillage sert-il à quelque chose ?

Le lavage enlève ce qui salit, le miellat et la fumagine qui le colonise. Il ne figure pas parmi les méthodes de protection listées par l’INRAE, et il ne change rien à la population installée sous les feuilles. Comme la fumagine pousse sur le miellat, elle revient tant que des larves en produisent.

Est-ce que mes plants vont en mourir ?

Les piqûres répétées ralentissent le développement de la plante, et la fumagine fait le reste en réduisant la photosynthèse. Le risque le plus sérieux est ailleurs : l’aleurode du tabac transmet plus de 111 virus, dont ceux qui touchent la tomate. Sa population de biotype B, particulièrement redoutable, se développe sur plus de 900 hôtes.

Faut-il s’inquiéter dès les premiers ?

Au départ d’une infestation, les insectes sont concentrés sur quelques plantes seulement. C’est ensuite qu’ils se dispersent, à mesure que les plantes grandissent et que la chaleur s’installe. Un contrôle sous les feuilles du haut, tôt en saison, coûte deux minutes.

Biologie, dégâts, distinction des espèces et méthodes de protection sur tomate : INRAE, Ephytia : Tomate, aleurodes (D. Blancard, dernière modification le 21 mars 2023). Caractères de la famille, taille, fumagine et espèces de plein champ : INRAE, Ephytia, encyclopédie HYPP : Aleurodes (Aleyrodoidea) (dernière modification le 31 juillet 2025). Les deux pages ont été consultées le 23 août 2026.

Écrit par Jérémy Lagouardille. Les faits réglementaires sont vérifiés sur les sources publiques citées en fin d’article.