Diagnostic

Pourquoi vos tomates noircissent

Le cul noir de la tomate est une affaire d’arrosage bien plus souvent qu’une affaire de maladie.

Tomates atteintes de cul noir à cause d’un arrosage irrégulier
Diagnostic express
Symptôme
Une tache noire et sèche à l’extrémité du fruit, du côté opposé au pédoncule.
Cause probable
Le calcium n’atteint pas le bout du fruit, le plus souvent à cause d’un arrosage irrégulier. Ce n’est pas une maladie.
Action clé
Stabiliser l’arrosage et pailler pour éviter les à-coups d’humidité.

Le problème en un coup d’œil

Une tache brune ou noire apparaît sous vos tomates, à l’opposé de la queue. Elle est sèche, légèrement creusée, et elle s’étend de jour en jour. Aucun champignon ne se promène ici d’un pied à l’autre : le bout du fruit n’a simplement pas reçu assez de calcium au moment où il grossissait. L’INRAE range ce trouble parmi les maladies non parasitaires, c’est-à-dire les désordres physiologiques.

La conséquence est plutôt rassurante : vos autres pieds ne vont pas l’attraper. Et la cause étant presque toujours dans la conduite de l’arrosage, elle est entre vos mains.

Schéma d’une tomate touchée par le cul noir, tache sèche à l’opposé du pédoncule
La lésion se forme à l’extrémité du fruit, du côté opposé au pédoncule.

Comment reconnaître le cul noir

La lésion démarre à l’extrémité du fruit, au niveau ou tout près de la cicatrice laissée par la fleur. D’abord humide et mal délimitée, elle brunit, s’étend, puis devient sèche, brun foncé à noire, un peu concave et bien nette sur ses bords.

Deux détails aident à confirmer. Le trouble apparaît surtout quand les fruits ont atteint le tiers ou la moitié de leur taille finale. Et ce sont souvent les premiers fruits formés, ceux qui mûrissent le plus vite, qui sont touchés.

Il existe une forme discrète, presque invisible de l’extérieur : quelques graines et une partie du placenta brunissent à l’intérieur du fruit, parfois en prenant l’aspect d’une masse fibreuse. C’est la même chose, à un stade moins avancé.

Un repère utile : le cul noir touche les fruits. Si votre feuillage se couvre lui aussi de taches, cherchez ailleurs, vous avez probablement affaire à autre chose.

Pourquoi cela arrive

Le calcium voyage avec l’eau. Il monte dans la plante par la sève brute, dans le xylème, et il file en priorité là où l’eau s’évapore le plus, c’est-à-dire vers les feuilles. Le bout du fruit est en concurrence directe avec elles. Quand la circulation se dérègle, c’est lui qui perd.

Les facteurs listés par l’INRAE se rangent en deux familles.

Le calcium n’arrive pas jusqu’au fruit

  • des arrosages insuffisants ou mal répartis dans le temps, qui font trop varier l’humidité du sol ;
  • une salinité du sol élevée, qui limite l’absorption ;
  • une transpiration forte, typiquement par temps chaud et venté ;
  • une croissance trop rapide de la plante et des fruits ;
  • un système racinaire limité, naturellement ou parce qu’il a été abîmé : sol mal préparé, travail du sol qui mutile les racines, asphyxie racinaire.

Le calcium est là mais il est concurrencé

Une carence réelle du sol est possible, mais l’INRAE cite aussi l’antagonisme avec d’autres éléments, notamment l’ammonium, les nitrates et le magnésium. Autrement dit, charger en engrais azoté ne compense rien : cela peut même aggraver le problème.

Dernier point, et il explique beaucoup de cas au potager : le trouble se manifeste surtout pendant et juste après les périodes chaudes et sèches, et il est particulièrement courant chez les jardiniers qui arrosent au tuyau. De gros apports très espacés, c’est exactement le régime qui fabrique le cul noir.

À faire maintenant

Un fruit déjà marqué ne se répare pas. Autant le retirer, d’autant que la lésion peut ensuite être colonisée par des micro-organismes secondaires, des Alternaria notamment, qui transforment la tache sèche en pourriture. Les fruits suivants, eux, peuvent être parfaitement sains si vous corrigez la cause.

La correction tient en trois gestes, dans cet ordre : stabiliser l’arrosage, pailler, et lever le pied sur l’engrais.

Prévenir plutôt que guérir

L’objectif est simple à formuler : un sol qui reste régulièrement humide, sans jamais sécher complètement ni rester détrempé. Tout le reste en découle.

  • Paillez. C’est la recommandation la plus directe de l’INRAE contre ce trouble : le paillis maintient une humidité plus constante dans le sol.
  • Arrosez souvent plutôt que beaucoup. Ce sont les à-coups qui font le dégât, pas le volume total.
  • Ménagez les racines. Un binage profond au pied d’un plant en pleine production coûte plus qu’il ne rapporte.
  • Équilibrez la fertilisation et évitez les excès, en azote particulièrement.
  • Soignez le sol en amont. L’INRAE recommande un niveau de phosphore correct dès la plantation et un pH compris entre 6,5 et 6,8.
  • Effeuillez régulièrement pour garder un équilibre entre le feuillage et la charge en fruits.
  • Choisissez des variétés peu sensibles si le problème revient chaque année au même endroit.

Questions fréquentes

Est-ce contagieux ?

Non. C’est un désordre physiologique, pas un parasite : il ne se transmet pas d’un pied à l’autre. Si plusieurs plants sont touchés en même temps, c’est qu’ils subissent les mêmes conditions, pas qu’ils se sont contaminés.

Faut-il traiter ?

Il n’y a rien à traiter, puisqu’il n’y a pas d’agent pathogène à combattre. Un fongicide ne changera rien à un problème d’eau et de calcium.

Mes plants vont-ils s’en remettre ?

Les fruits abîmés restent abîmés, mais la plante n’est pas malade. Dès que l’alimentation en eau redevient régulière, les fruits formés ensuite peuvent être indemnes.

Source des symptômes, des causes et des mesures de prévention : INRAE, Ephytia : Tomate, nécrose apicale sur fruits (D. Blancard, dernière modification le 4 novembre 2021), consultée le 27 juillet 2026. Les photographies de cette page sont des illustrations éditoriales.