Prévention

La mouche de la carotte, et le filet qui ne sert à rien

Rien ne se voit sur le feuillage. Le dégât se creuse sous terre. Et la seule mesure qui protège vraiment devient inutile sur une parcelle attaquée l’an dernier.

Trois carottes fraîchement arrachées, encore couvertes de terre, tenues par le feuillage au-dessus d’une allée de potager
Ce qu’il faut retenir
Symptôme
Rien à l’œil nu tant que la carotte est en terre. À l’arrachage, des galeries sinueuses courent dans la racine, qui prend un mauvais goût puis pourrit.
Cause probable
La mouche de la carotte, Chamaepsila rosae (anciennement Psila rosae). Deux générations par an, l’insecte passe l’hiver en pupe dans le sol de la parcelle.
Action clé
Un filet fin sur la culture, mais seulement si la parcelle n’a pas été attaquée l’année précédente : sinon il enferme le ravageur avec la récolte.

Le seul dégât que vous ne verrez pas avant l’arrachage

Vous repérez une aleurode qui décolle du feuillage. Vous reconnaissez une punaise diabolique posée sur une tomate. La mouche de la carotte, elle, ne laisse rien voir : ses œufs sont enfouis dans le sol, minuscules, et tout le dégât se joue sous la surface.

La larve est un asticot très allongé, 6 à 7 mm, blanc jaunâtre et brillant. Elle creuse des galeries sinueuses dans les racines, ce qui leur donne un mauvais goût et peut entraîner un pourrissement.

C’est la conservation qui paie le prix. Pour une consommation immédiate, la perte reste faible : on retire la partie touchée. Pour des racines destinées à la cave, elle est forte : la carotte semble correcte à la récolte et pourrit quelques semaines plus tard.

La période à risque court d’avril à octobre, et la racine devient sensible dès qu’elle commence à se former. Céleri, panais et persil, comme les autres Apiacées, hébergent le même ravageur.

Avant d’accuser la mouche, arrachez deux carottes

Un feuillage qui pousse moins et change de couleur ne désigne pas la mouche à coup sûr. Des nématodes donnent le même signal en surface, et l’INRAE le classe explicitement en risque de confusion.

Les deux se départagent sous terre, et le test prend une minute. Arrachez une ou deux carottes dans la zone où le feuillage est décoloré. Des galles, un chevelu racinaire anormalement abondant, des racines qui bifurquent : ce sont les nématodes. Des galeries et des asticots blanc jaunâtre : c’est la mouche.

Le détour vaut le coup, parce que les deux ravageurs n’appellent pas du tout les mêmes gestes. Poser un filet contre des nématodes revient à couvrir un problème qui vit dans le sol.

Deux générations, et la seconde fait le plus de dégâts

L’insecte hiverne généralement à l’état de pupe, dans le sol. On observe deux générations dans la saison. Les larves de la première attaquent les nouveaux plants et donnent la seconde génération d’adultes, dont le vol s’observe de juillet à septembre.

Ce sont les larves issues de ce second vol qui causent les dégâts les plus importants, jusqu’en octobre ou novembre. Autrement dit, une culture qui a traversé le printemps sans dommage n’est pas tirée d’affaire : la période la plus dure arrive après l’été, exactement quand on relâche la surveillance.

L’adulte, lui, se reconnaît de près : 4 à 5 mm, noirâtre, pattes jaunes, tête noire aux joues blanches, abdomen allongé et pointu chez la femelle.

Le filet, et la parcelle où il ne sert à rien

Un filet anti-insecte fin posé sur les nouvelles plantations est la mesure de protection que retiennent les fiches techniques. Avec une réserve qu’on lit rarement, et qui change tout : il ne fonctionne pas si la parcelle a été attaquée l’année précédente.

La raison tient en une ligne, et elle découle de la biologie plus haut. Le ravageur passe l’hiver en pupe dans le sol. Sur une parcelle déjà touchée, les adultes émergent donc sous le filet, du bon côté de la barrière. Le voile ne les empêche pas d’entrer, il les empêche de sortir.

Ce qui décide n’est donc pas seulement la qualité du filet, mais l’historique de la planche. Si les carottes de l’an dernier étaient galeuses, la protection passe par la rotation, pas par le voile. Le point d’entrée n’est d’ailleurs pas le même pour tous les ravageurs du potager : la punaise diabolique, elle, entre par le haut, et un filet posé tard reste utile contre elle.

Ce qui aide en plus du filet

La rotation avec des cultures non sensibles. Ail, oignon, poireau, ciboulette : ces cultures ne nourrissent pas le ravageur, et ce sont elles qui rendent une planche à nouveau saine.

L’association. Cultiver la carotte ou le céleri à côté d’oignons ou de poireaux semble éloigner le ravageur. À l’inverse, éloignez les plantations de persil, de fenouil, de céleri ou d’aneth : elles l’attirent.

L’aération entre les rangs. Les températures douces et humides favorisent les larves. Un rang trop dense entretient exactement ce microclimat.

L’élimination des plants touchés, dès que le ravageur est identifié, pour ne pas laisser les larves finir leur cycle sur place et repartir en pupes dans le sol.

Ce dont l’efficacité n’est pas démontrée

Les infusions de lavande ou de tanaisie appliquées en été sur le feuillage des Apiacées, la macération d’absinthe : ces préparations reviennent partout, et l’odeur répulsive limiterait les attaques.

La fiche technique qui les cite ajoute la phrase que les autres omettent : l’efficacité de ces préparations n’est cependant pas démontrée scientifiquement à ce jour. Elles ne coûtent rien à essayer. Elles ne remplacent ni la rotation ni le filet, et compter dessus revient à ne rien faire.

À faire maintenant

L’ordre compte : le diagnostic d’abord, l’historique de la planche ensuite, le filet en dernier.

  • Arracher deux carottes dans la zone au feuillage décoloré, pour séparer la mouche des nématodes avant d’agir.
  • Regarder l’historique de la planche. Attaquée l’an dernier : rotation vers ail, oignon, poireau ou ciboulette. Saine : le filet a un sens.
  • Poser le filet sur les nouvelles plantations, et surveiller après l’été : le second vol court de juillet à septembre, et ses larges dégâts vont jusqu’en novembre.

Questions fréquentes

J’ai posé un filet et j’ai quand même des galeries. Pourquoi ?

Le cas le plus fréquent est une parcelle déjà attaquée l’année précédente : le ravageur y a passé l’hiver en pupe dans le sol, et il émerge sous le filet. Le voile ne protège que d’une arrivée venue de l’extérieur.

Mes carottes ont déjà des galeries, puis-je encore les manger ?

Oui, la partie touchée retirée : la perte reste faible pour une consommation immédiate. C’est la conservation qui pose problème, parce que le pourrissement suit. Une racine qui commence à s’abîmer sort du lot de cave.

La mouche s’attaque-t-elle à d’autres légumes de mon potager ?

Oui, à d’autres Apiacées : céleri, panais, persil. Si vos carottes sont touchées, ces cultures voisines méritent la même surveillance, et elles ne peuvent pas servir de rotation.

Mes carottes de printemps étaient belles. Suis-je tranquille ?

Non. Ce sont les larves de la seconde génération, issues du vol de juillet à septembre, qui font les dégâts les plus importants, jusqu’en octobre ou novembre.

Carte d’identité du ravageur (période à risque d’avril à octobre, deux générations annuelles, conservation hivernale en pupes dans le sol, organe et stade sensibles), galeries sinueuses, mauvais goût et pourrissement, autres Apiacées touchées : INRAE, Ephytia, VigiJardin : Mouche de la carotte (dernière modification le 1er mars 2019) et INRAE, Ephytia, VigiJardin : Carotte (dernière modification le 9 avril 2019). Description de l’adulte, de la larve et de la pupe, hivernation, enchaînement des deux générations et vol de juillet à septembre, dégâts les plus importants jusqu’en octobre ou novembre, échelle de gravité selon l’usage, confusion possible avec les nématodes et test par arrachage, aération entre les rangs, rotation avec ail, oignon, poireau et ciboulette, filet anti-insecte fin et sa réserve sur une parcelle attaquée l’année précédente, associations et plantes à éloigner, élimination des plants attaqués, préparations à base de lavande, tanaisie et absinthe dont l’efficacité n’est pas démontrée : Jardiner Autrement : Carotte, mouche de la carotte , plateforme réalisée par la Société Nationale d’Horticulture de France avec le soutien financier de l’Office français de la biodiversité. Les deux sources ont été consultées le 25 août 2026.

Écrit par Jérémy Lagouardille. Les faits réglementaires sont vérifiés sur les sources publiques citées en fin d’article.